La domesticité en Haiti

On estime à 300.000 le nombre d’enfants vivant en domesticité en Haïti.

La plupart des enfants en domesticité sont des filles (plus de 75 % selon quelques enquêtes ponctuelles), mais on retrouve également des garçons. Les enfants placés en domesticité sont pour la plupart des enfants issus de familles vivant en milieu rural. Certains sont orphelins, d’autres sont membres de familles nombreuses, car rares sont les enfants dont les parents ont seulement 1 ou 2 enfants. Les enfants entrent en service à tout âge. Certains n’ont même pas 6 ans lorsqu’ils commencent à travailler comme restavèk.

Le contexte global

Avec une population estimé à plus de 8 millions d’habitants, constituée de plus de 48% d’enfants, la densité de la population est de l’ordre de 290 habitants au Km², et atteint jusqu’à 1480 personnes au Km² en zone urbaine. L’aire métropolitaine de Port-au-Prince abritait quelque 20.7% de la population en 2000, contre 13.4% en 86/87. Cette tendance s’est accélérée au cours des dernières années et aujourd’hui, on estime que plus de 40% de la population vit en milieu urbain. Une bonne partie de la population est venue se loger à la périphérie des villes, dans des conditions infra-humaines et de vulnérabilité extrême.

L’impact de ce processus de paupérisation est très fortement ressenti par les enfants. Or il n’existe pas encore à date une politique nationale de protection de l’enfant en général, et de l’enfant en domesticité en particulier.

En son article 261, la Constitution de 1987 en vigueur stipule que « tout enfant a droit à l’amour, à la compréhension et aux soins moraux et matériels de son père et de sa mère”. Il faut signaler que malgré l’étendue du phénomène de la domesticité, le projet de « code de l’enfant » ne prévoit quasiment aucune disposition pour réguler/sanctionner et/ou transformer cette relation sociale.

Comment devient-on un enfant restavèk?

Les parents qui confient leur enfant à une famille de la ville espèrent que l’enfant aura accès à l’école et qu’il sera convenablement nourri. Ils espèrent que ces enfants connaîtront ainsi une vie meilleure, et qu’ils leur reviendront un jour avec une éducation assez poussée ou une somme d’argent assez importante pour aider toute la famille à mieux vivre. Selon une étude réalisée par Haïti Solidarité International (HSI) il semble que durant ces trente dernières années, ce ne seraient plus les familles des couches aisées qui auraient recours aux services d’enfants domestiques, mais les couches urbaines, elles-mêmes défavorisées et ayant le plus souvent des relations de parenté élargie avec les enfants qui les servent.

Le quotidien d’un enfant en domesticité

L’enfant en domesticité travaille dans un foyer qui n’est pas celui de ses parents. Il accomplit des corvées ménagères (nettoyage, lessive, préparation des repas, garde des enfants…), fait les courses et accomplit toute autre tâche requise par les parents d’accueil, ainsi que les enfants et toute autre personne occupant la maison. Ceci (théoriquement) en échange de la nourriture, des vêtements, soins de santé et éducation. Littéralement, la domesticité, c’est la situation d’une personne employée au service d’une maison.

Les problèmes vécus par les enfants en domesticité

Une fois placés en domesticité, ces enfants font face aux pires déboires. La plupart du temps ils/elles ne sont pas payés et ils/elles sont exploités. Ils ont à leur charge la plus lourde responsabilité de la maisonnée: aller chercher de l’eau, lessiver les sols et les vêtements, en un mot tous les travaux domestiques etc. Cendrillons des bidonvilles, les « restavèk » (« reste-avec »), sont souvent les premiers levés et les derniers couchés.

Mal nourris, maltraités, ils sont battus, injuriés sans raison et ils servent de boucs émissaires aux autres personnes de la maison quand les choses vont mal.

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